Rapport février 2014

Visite au projet d’Alwar – lutte contre les infanticides – 18 février 2014 Happy Kids finance deux zones dans la lutte contre les infanticides, l’une est celle que l’on a visitée en octobre dernier à Sawai Madhopur et la seconde est celle que nous visitons aujourd’hui. Jan Braet, membre du Rotary Sint Jan in Eremo « Krekenland », Belgique nous accompagne, Meeta et moi. Le Rotary Sint Jan in Eremo « Krekenland » fait partie de l’aventure « lutte contre les infanticides » depuis le début et nous a soutenu généreusement et régulièrement. Nous profitons ici de remercier ses membres et plus particulièrement Jan de leur confiance. Après trois heures de route depuis Delhi, nous quittons l’autoroute et nous enfonçons dans la campagne du Rajastan. Trente minutes plus tard, nous arrivons à destination, accueillis au son des tambours. Un élu local, parlant anglais nous reçoit. Les jeunes filles nous attendent avec des panneaux colorés sur lesquels sont écrits différents slogans, tels que « une petite fille a autant de valeur qu’un petit garçon » ou « non à la sélection du genre », etc.


Puis nous entrons dans une salle où une longue table est installée avec différents messieurs de tous âges et la salle pleine d’adolescentes et quelques adultes. Après les paroles de bienvenue, nous sommes présentés aux jeunes filles. J’en reconnais plusieurs qui étaient du voyage en octobre dernier à Jaipur et qui sont souriantes et détendues. Tour à tour, l’élu local explique l’importance de ce combat contre ce fléau qui a explosé depuis les 40 dernières années, avec l’arrivée de l’échographie, Meeta explique le but et les moyens mis en oeuvre par Sure, Dignity of the Girls and Happy Kids pour éradiquer ce problème. Un instituteur prend la parole et plein d’émotions raconte son expérience, l’importance d’une société équilibrée, son long combat et sa disponibilité à aider à développer le projet. Puis un homme d’affaires local qui finance le projet explique aussi ses motivations et l’importance que les jeunes filles soient scolarisées et suivent les cours dispensés par l’association. Un vieux monsieur s’exprime avec beaucoup d’émotion et de conviction et apparaît comme un éclaireur de sa génération. Puis les jeunes filles témoignent et chantent des chansons engagées, qui expriment leur rejet de la sélection des genres, de l’amour que des parents doivent donner à leurs enfants sans différence du sexe. Une dame qui a suivi les cours d’informatique et qui maintenant en donne, explique que grâce à ces cours, elle a pu maîtriser excel et d’autres programmes, mais que surtout cela lui a donné accès à l’internet banking et cet accès lui permet de mieux gérer ses finances, de ne plus recourir à des taux usuraires pratiqués dans le village et donc de vivre mieux. Une adolescente explique qu’elle a trois soeurs et un frère et qu’elle se bat régulièrement dans sa famille pour que ses soeurs aient les mêmes droits que le frère, en particulier avec un accès à la scolarisation. Une autre explique que ses parents n’ont eu « que » deux filles et n’ont pas cherché à avoir absolument un garçon, au contraire, ils ont préféré se consacrer à leurs deux filles et leur assurer un bon avenir. La jeune fille, très sûre d’elle harangue ses autres camarades et milite ferme (pour la traduction complète, il faudra attendre que je me mette à l’hindi…) mais en quelques mots, elle détruit les convictions ancestrales qui mène à cette ségrégation. Elle s’interroge « on dit qu’il faut un garçon pour s’occuper des parents quand ils seront âgés, mais pourquoi moi je ne pourrais pas m’occuper de mes parents ? Pourquoi seul un garçon peut le faire ? ». Le dernier témoignage d’un médecin d’une trentaine d’années qui a fait deux heures de route pour participer à la réunion et qui soutient activement le projet interpelle. Il explique qu’il a un frère et deux soeurs. Et qu’il s’est battu pour que ses soeurs puissent étudier. Ses parents et son frère étaient contre, lui pour, après de longues hésitations, finalement les filles ont été mariées à l’âge de 18 ans. Après une distribution de douceurs à chaque participant, la séance est levée. L’élu local qui a organisé et animé la réunion nous explique qu’il est confiant en l’avenir, qu’il pense que d’ici à 5 ans, cette ségrégation devrait faire partie du passé. C’est bel et bien ici une tradition ancestrale (contrairement à Sawai Madhopur où c’est plus un manque d’informations), mais le résultat criant du déséquilibre permet de prendre le problème à bras le corps. Même les « anciens » ont maintenant conscience que les garçons ne trouveront pas tous une épouse et sont prêts à transmettre un message aux nouvelles générations. Notre programme couvre une dizaine de villages et l’élu local s’est engagé à aller visiter dans les six prochains mois les 125 villages avoisinants, pour expliquer la situation et leur proposer de participer au programme. Meeta va organiser différentes séances d’information : - Information aux chauffeurs de taxis qui emmènent les parents aux échographies et pour les sensibiliser au sujet - Information à tout le village, avec un accent spécial aux hommes que le mariage avant 18 ans et la sélection des genres sont illégaux et condamnés par la loi indienne Cette information a déjà porté ses fruits, car il arrive de temps à autre qu’une jeune fille prévienne anonymement la police qu’un mariage d’une jeune fille de moins de 18 ans a lieu. La police alors intervient et empêche le mariage. Ce fut une belle journée et surtout encourageante, car ce problème a démarré bien avant que Happy Kids y participe et arrive à maturité. La petite graine plantée est devenue un baobab, les ramifications sont partout (les politiciens sont impliqués, les jeunes filles se transmettent l’information, les anciens se rendent compte à quel point la situation est tragique), chacun est sensibilisé. Je suis confiante que cette région cesse cette pratique dans un futur relativement proche.